Quand l’art brise le silence : Iris & Héméra
L'art comme ancrage face au tabou de la maladie et du deuil
Une démarche engagée
Il est des silences que notre société impose sans même s’en rendre compte. Face au cancer d’un proche ou au vide laissé par la perte, la norme nous pousse souvent à nous taire, à faire preuve d’une « dignité » discrète, ou à accélérer le pas pour rapidement « reprendre le cours de sa vie ».
Pourtant, la maladie et le deuil ne sont pas des parenthèses que l'on referme d'un claquement de doigts : ce sont des traversées qui bouleversent nos existences. Dans mon atelier de sculpture, le travail de la terre, du bois et de la résine offre un espace pour exprimer ce que les mots ne parviennent plus à dire : poser de l'amour là où régnait la peur, et faire émerger la lumière au milieu de l'effondrement.
1. Iris — L'amour plus fort que le fléau
Le cancer est un fléau sociétal qui touche, de près ou de loin, presque chacune de nos familles. Face à la lourdeur des protocoles et à la brutalité des annonces, le sentiment de dénuement est immense.
À l'image de l'initiative Cancer Colère portée par Fleur Breteau, il est vital de redonner un visage humain, sincère et sans filtre à cette réalité.
C’est au cours des années où j’accompagnais ma mère comme aidante que la sculpture Iris est née.
Dans la mythologie grecque, Iris est la déesse messagère, celle qui relie le ciel et la terre, apportant conseil et protection aux mortels. Couverte d'or et déployant ses ailes, elle prend son envol en brandissant le caducée — symbole du soin et de la guérison.
Face à la violence de la maladie, Iris n'a pas été conçue comme le récit de la souffrance, mais comme un acte d’amour pur, une manifestation de résistance et un élan d'espoir inébranlable.
Modeler cette œuvre était une manière d'ancrer de la douceur au milieu de l'attente et de rendre hommage au dévouement du corps soignant.


2. Héméra — Édifier un repère face à la brutalité du deuil
Puis, après des années de combat, ma mère est partie.
Au-delà de la douleur immense de la perte, je me suis heurtée à ce que le journaliste Bruce Toussaint dénonce dans son ouvrage « Heureusement, elle n'a pas souffert » : l'impréparation flagrante de notre société face au deuil.
Entre l'urgence administrative étouffante, les congés d'une brièveté dérisoire et la pression sociale inconsciente à « passer à autre chose », il n'existe presque aucun espace légitime accordé au temps de la douleur.
C’est au cœur de cet effondrement que j’ai eu besoin d’édifier un repère visuel et symbolique.
Déesse de la lumière du jour née des ténèbres de la nuit (Nyx et Érèbe), Héméra incarne la traversée symbolique du deuil.
La sculpture oppose un socle sombre et un rouge incandescent — symboles de la douleur intense et du chaos — à la blancheur de la déesse et aux reflets dorés des voiles en résine qui drapent ses bras.
Élevée au-dessus de l'ombre, Héméra rappelle qu'au milieu du deuil, une étincelle de vie et de mémoire peut finir par réapparaître.


Nom: Laurence DESAMBER
Nom d'artiste : Lode
Numéro Siret : 751 691 122 00012
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